Le Venezuela saigne… mais ça tu ne le verras pas à la télé

Par: Carlos Flores | le 15/01/2014 | Publié sur le Huffington Post Voces
La nuit du mercredi 12 février 2014, des centaines de familles vénézueliennes n’ont pas dormi. Comment y arriver ? Comment arriver à être relax pour pouvoir fermer les yeux et laisser la conscience se libérer, placide, pacifique, jusqu’à ce qu’elle perde le contrôle sur la chair pour que les rêves inondent tout ?

Crédits: Jennifer Anaís Andrade/Notitarde

La nuit de mercredi, il n’y a pas eu de beaux rêves mais des réalités dures, dramatiques; des réalités qui ont réussi à fendre le cœur et l’âme jusqu’à ce qu’elles éclatent par la force d’une douleur qui ne se calmera jamais. Des étudiants et des non-étudiants sont sortis tôt dans la matinée pour marcher… une autre marche… une parmi tant d’autres.

Crédits: Jennifer Anaís Andrade/Notitarde

Le Venezuela est devenu en plus d’une décennie une nation de marches, de protestations, de cris que personne ne veut entendre… des cris qui se perdent comme de l’eau qui s’échappe d’une passoire… voir une marée d’humains marchant entassés, sous le soleil qui tape, imprégnés pas seulement de sueur mais plutôt de quelques niveaux d’impuissance qui les ont fait arriver à cette situation, c’est lamentablement une routine qui n’importe qu’à ceux qui y participent. Les gens sortent pour marcher contre les gouvernements, les régimes ou quand un cinglé détient ce fruit addictif aux mille saveurs qui est le pouvoir, quand ils n’en peuvent plus, quand ils sont étouffés, quand la vague menace de tout emporter avec elle; quand on se sait encerclé, sans issue, no future!, comme chantaient les Sex Pistols…

Crédits: Rafael Pérez/Notitarde

Ces familles, celles du mercredi 12 février, savaient que leurs enfants, leurs proches, leurs amis, sortiraient de nouveau pour battre le pavé. La finalité ? Le but ? Pourquoi, pour quoi le font-ils ? Parce que comme ça on respire, on vit et on maintient une société qui ne demande pas le respect -pas de raisons de le faire- mais pour que ce respect soit appliqué, parce qu’il est à elle, parce que le pays est ce bout de terre, ce fragment de planète où n’importe quel être vivant doit être le bienvenu…

Crédits: Ramon Espinosa/AP

La multitude de pas lents, mais pleins de conviction. Ils auraient voulu que les problèmes de tous, qui sont en même temps les problèmes de chacun, restent écrasés, enfermés, sous la force de leurs pieds. Personne ne voudrait être là. Personne ! Mais ils y sont, et pas parce que l’entreprise publique où ils bossent les a obligé. Maduro dit ne pas les craindre, mais il devrait… parce que ces personnes pourraient être en train de préparer des arepas(pain de maïs) chez eux mais ils préfèrent être dans la rue, exposés à la mort. L’erreur maximale des opposants d’Hugo Chávez a été de le sous-estimer pendant des années. Il est fou, il tombera bientôt… et seul l’enfer a pu faire ce que les Vénézueliens n’ont jamais réussit. Maduro devrait analyser et ne pas commettre cette erreur grave: celui qui ne craint pas la voix colérique, dénudée et désespérée du peuple qui l’a élu, ne respecte pas et se moque du titre qui lui été attribué: Président.

Crédits: Juan Barreto/AFP

Et ainsi, pas à pas, en toute simplicité, comme une cigale qui s’échappe de son étrange carapace… subitement il arrive quelque chose, une petite flamme interne contagieuse comme la grippe qui se refile entre deux amants… tout à coup, comme si la transe était finie, les personnes réunies qui marchent, se reconnaissent, se réveillent… ce sont les visages de ces gens qui ne se connaissent pas mais qui se sentent proches, une famille… un peuple. Et ça c’est sacré. Cette union, ce lien, ne périra pas dans une ou mille révolutions; l’Apocalypse pourrait bien arriver avec ses cavaliers maléfiques et les Vénézueliens qui survivront, souriront, blagueront et se prendront dans les bras. Ils joueront aux dominos et prendront des bières. Cela ne se casse pas. Cela ne se vend ni ne s’achète. C’est une articulation quantique, et non une variable qui peut être altérée.

Crédits: Jorge Silva/Reuters

Le soleil est énorme et incendiaire au-dessus de leurs têtes. Ceux qui ont peur sont loin, ceux qui ont des cadavres dans les placards et qui parlent de Coups d’État, le répètent; ce sont les vieux plans!, ils veulent recommencer, recommencer ce qu’ils ont fait!, les putschistes répugnants!, toutes les petites phrases dîtes par les gens exagérément limitées qui n’appellent qu’à deux dimensions de la pensée: la haine et la cupidité. Et leurs reproches continuent… ils veulent nous enlever CELA, “le pouvoir”, ce que nous avons, ce qui nous appartient et ce qui nous fait devenir les êtres mondains ordinaires, des civils normaux, pauvres !, sans pouvoir !, que nous avions l’habitude d’être.

Crédits: Alejandro Cegarra/AP

De fait, ce qu’ils décident d’ignorer c’est qu’ils le sont toujours… ils veulent juste essayer de cacher, sans succès, cette médiocrité sous les costumes coûteux, les montres de marque, les emplois publiques, les apparitions médiatiques et les masques, les masques… les masques… Mais: Coup, enlever, projets, oligarchies? Aux familles qui n’ont pas dormi pour rester à la morgue auprès de leurs enfants morts ou aux portes des hôpitaux, en espérant que leurs croyances en la jeunesse soient certaines, surtout l’existence d’un Dieu qui voit tout et qui écoute et qui ne permettra pas que quelque chose de mal arrive à leurs êtres chers, ces quatre mots sonnent comme une insulte, une bassesse, une absence d’honneur. Ces mots ne riment pas avec “patrie”, ni “démocratie”, ni même “honneur”… ils riment avec lâcheté… ils riment avec les vers des gens hypocrites qui veillent sur quelque chose qui n’est sacré que pour ceux qui aiment dévorer leur propre peuple avec le but de remporter le chaudron rempli d’or au bout de l’arc-en-ciel, mais l’arc-en-ciel s’est évanouit avec l’assoupissement causé par les cris malades d’un scène répulsive : pauvreté, violence, pénurie, division, rancœur, qui dans des jours comme le mercredi 12 février, continue à réveiller les masses… il les réveille avec une décharge électrique directement dans la moelle épinière citoyenne, une matraque sur la conscience…  et peut importent les leaders politiques, parce que personne n’a plus besoin d’écouter un discours gonflé à bloc pour se sentir motivé à laisser ses arepas(en plus on a déjà du mal à se procurer de la farine) et sortir sans garantie de revenir vivant.

Crédits: Juan Barreto/AFP

Mais il savent cela ceux qui sont là, dans le cœur de la bête, en attendant Moby Dick… et ceux qui utilisent le voyeurisme des réseaux sociaux parce que dans ce Venezuela là, les médias audiovisuels de communication ne le font pas. Ils ne communiquent pas cette plaie nationale ouverte depuis des jours, ou… peut-être des mois, des années ?… Il y a un blackout informatif qui est un moment dramatique dans l’histoire contemporaine du Venezuela: des rues coupées par des barricades, des milliers de personnes dans les rues, de la violence, de la mort, rien de tout cela n’est une information ? Ceci n’est pas un complot, ceci n’est pas un coup d’État, ceci n’est pas un plan macabre d’un parti d’opposition… Ceci, c’est une nation à genoux et blessée… qui, bien qu’elle saigne, se remplie de la force de ses habitants… elle inspire, elle expire… elle se lève… elle se lève… ELLE SE LÈVE !

Traduit par Aïda

My Second Workaway Experience : Wadi Musa/Petra, Jordan

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~Rock Like A Fish~

A great second workaway experience for me. I stayed at the Hotel only for 2 weeks. The "work" was to stay at the reception, read and answer to the emails, and take care of the check in & out of the clients. My first week was probably chaotic, I was lost, did a lot of mistakes, but hopefully the two others Workawayers were very helpful. Nothing to complain about the food, almost every night we had a great dinner (with typical jordanian meals).

I had a lot of time for myself, and was able to learn some arabic words and also to learn the arabic alphabet (thanks Angela for the support!). The staff is really funny, we can’t be bored. I also had the chance to have dinner in the Bedouin camp. The city of Wadi Musa is not a fun place, but it’s nice though. The hotel offers an amazing view, I was taking photos almost every sunrise and sunset.

About Jane… it’s weird to leave a feedback because I never met her in person! Jane and Atef were in New Zealand, so I cannot say anything about them, but I’m sure they are fantastic people.

My First Workaway Experience : Valencia, Spain

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Cremà. Las Fallas. Valencia

I stayed almost 3 months with Susana and Alex. At first I just had to clean the houses, but when the new house was ready, it was totally different. I had less work to do, and I stayed the last month alone in one of the apartments. I just had to clean the houses, the sheets and towels, make breakfast for the clients and enjoy the sun, the beach, the city… It was like being in holidays, but so much better! Susana and Alex (and the others) were really nice, and so so so funny!!! And Alex is crazy, but in the good way :-) ! I could have good chats with them and also with some of the clients. They paid me one metro card, so I could be independent. They gave me responsibilities, and I hope I helped them enough. It was really interesting to see the birth of a Bed and Breakfast, to see the house before and to see the first clients coming.

Lo que no puedo olvidar : las SÁBANAS, SÁBANAS, SÁBANAS. Y también, las LLAVES, LLAVES, LLAVES!!!!
Es un muy buen lugar para aprender, mejorar y practicar el inglés. Con Susana y Alex, pero también con los clientes. Durante esos meses, dormí en 7 habitaciones, en 4 casas diferentes!!! Me dejaron pasar todos los fines de semana en Valencia, cerca de la playa. Así que pude gozar del sol, de las playas, y de la ciudad sin problema sobre todo durante las Fallas para asistir a las mascletas!!!!!

Je recommande vivement ces hôtes qui ont été très accueillants. Je n’ai peut-être pas améliorer mon espagnol, mais j’ai certainement pu travailler mon anglais. Le travail a été inégal pour moi, certains jours je ne faisais rien et d’autres il y avait beaucoup de choses à faire cependant, le fait de rester le dernier mois à Valence m’a permis de bien me reposer et de me balader… bref d’être indépendante. Susana a respecté mes restrictions alimentaires, et j’ai pu déguster de merveilleux repas, notamment une superbe fideuá.

>Os deseo lo mejor para la nueva casa, pero más que todo, os deseo buena salud.

Voitures: des lettres sont des lettres…

Par: Yoani Sánchez | 19/12/13 | publié initialement sur Generación Y

Crédit photo: Silvia Corbeille

Le journal télévisé d’hier a laissé Raidel bouche bée. Lui qui était sur le point d’acheter une voiture subventionnée, un système de privilèges qui va prendre fin. Il venait à peine de se procurer la lettre d’autorisation d’achat, avec les signatures et les tampons nécessaires qu’il avait mis des mois à obtenir, baladé d’un bureau à un autre, d’un bureaucrate à un autre. Le plus dur avait été de prouver que ses revenus provenaient bien d’un travail public, prouver l’origine de chaque centime obtenu en décorant des offices de tourisme. Avec l’autorisation en poche, il avait dû patienter pendant quatre ans sur une liste d’attente qui affichait déjà à l’époque 7000 acheteurs potentiels. Jusqu’à cette journée d’hier, où son rêve d’aller à la fourrière et de choisir une Peugeot ou une Hyundai à bas prix s’est évanoui en quelques secondes, juste le temps pour le présentateur de lire le communiqué officiel à la télévision.

Il y a peu, le Conseil des Ministres a autorisé la mise en place graduelle de la vente de voitures modernes (neuves ou d’occasion) à toute personne, qu’elle soit cubaine ou étrangère. Deux années après l’application du Décret 292, la réalité s’est imposée et a obligé l’État à élargir les limites de cette régulation. À cette légalisation de l’achat et de la vente de véhicules entre particuliers, s’ajoute l’acquisition auprès des concessionnaires de voitures avec zéro kilomètre au compteur ou fabriquées il y a moins d’un an. Nous passerons donc d’une simple autorisation de commercialisation d’un produit de seconde main à l’obtention d’un produit neuf qui est vendu avec certaines garanties techniques… Oui, mais pour les réseaux de détaillants travaillant pour l’État, au prix que le Gouvernement déterminera, et probablement en payant comptant.

Une mesure de ce type bénéficie à la classe moyenne émergente, désireuse de posséder plus, plus de symboles modernes dignes de son statut. Comme effet immédiat, les différences sociales s’accentueront, ce qui a déjà été dramatiquement le cas ces cinq dernières années. Même si le discours politique continue à parler d’égalité et d’opportunités pour tous, cet assouplissement ne concerne que ceux qui ont de grosses entrées d’argent en pesos convertibles. Ce sont eux les grands gagnants d’hier, alors que les perdants sont les Cubains comme Raidel, dont la lettre d’autorisation pour acheter une voiture a désormais plus de place dans un musée. Après des années à applaudir, simuler et travailler dur, les gens comprennent à présent que le marché a été imposé en dépit de leurs mérites professionnels et politiques.

Traduit par Aïda

Mandela: apprendre à pardonner

De Yoani Sánchez, publié le 06/12/13

Texte initialement publié sur le blog Generación Y



De tout ce qui a été raconté et sera raconté sur Nelson Mandela, ce sont ses petites histoires qui me touchent le plus. Ses très longues journées dans la prison de Robben Island, où la rancoeur a laissé la place à la lucidité. Une grille qui l’encercle, une fenêtre par laquelle passe un filet de lumière, un oiseau qui chantait dehors, quelque part. Dans cet endroit, Madiba a vaincu ses propres démons et a réussi à renoncer à la violence à laquelle il avait pris part. Entre la création de la branche armée de l’ANC, “Umkhonto we Sizwe”, et le pragmatisme de la lutte pacifique, le chemin fut long. Cette conversion, il ne l’a pas faite par convenance, ni par opportunisme politique, mais de manière authentique ressentie par toutes les cellules de son être, comme le démontrera son action politique.

Il est né en 1918. Mandela a vécu un siècle troublé, par la Guerre Froide et par ces leaders en mal de gloire, au-delà même de leurs propres peuples. Il a connu une ère de grands noms et de petits peuples, où parfois le “qui” était plus important que le “quoi”. Il a longtemps été catalogué comme “terroriste”, non seulement par le régime raciste sud-africain de l’époque, mais aussi par l’ONU elle-même. Une fois en prison, le reclus 466 a dédié son temps à réfléchir sur ses actes et au meilleur moyen de briser les chaînes de l’exclusion et de la haine. Sa transformation personnelle a été déterminante pour réussir à démanteler l’apartheid.

Au milieu de tant d’hommes d’État qui s’accrochent au pouvoir, multipliant les mandats sur plusieurs décennies, Mandela fut l’unique président d’Afrique du Sud a y être resté seulement cinq ans. L’homme du village de Mvezo a eu la sagesse de réaliser que pour une nation blessée et meurtrie la clé est dans la négociation et le dialogue. De sorte que parmi tous les clichés de sa vie, tous les sourires esquissés ou toutes les accolades échangées, je préfère en rester à l’image d’un prisonnier qui, derrière les barreaux, s’est trouvé lui-même. Le voir avec son Prix Nobel de la Paix dans les mains ne me semble pas plus bouleversant que de l’imaginer affamé, blessé, traqué, et pourtant songeant au pardon, à la paix et à la réconciliation.

In memoriam, Madiba !


Traduit par Aïda
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