Le triomphe des médiocres

 

Par : Regina Coyula | 5 octobre 2012 | La Mala Letra

Carricature de Garrincha, prise sur internet.
Carricature de Garrincha, prise sur internet.Letra

 

Par courrier électronique, cette seconde et efficace manière que nous avons, nous Cubains, de recevoir l’information, m’est parvenu un bref travail attribué à plusieurs auteurs, mais qui est envoyé de manière anonyme.

Le triomphe des médiocres est le titre et il se réfère à la situation espagnole. En omettant certains paragraphe ou référence spécifique, il décrit aussi parfaitement notre situation. Je deviendrais une vieille critique, mais ce que je vois autour de moi ne m’enchante guère. Le mauvais goût et la vulgarité ne se trouvent pas seulement dans les paroles de chansons : les modes vestimentaires, le comportement social, la détérioration des services, le mauvais fonctionnement de l’éducation et de la santé, l’aigreur de la politique et des politiques ; une liste que je laisse à tout un chacun de compléter, mais prenez en compte que c’est la médiocrité qui gagne.

Je n’en ai pas l’antidote. Ils n’existent pas de potions magiques. Mais dans notre cas, l’enfermement dans lequel nous vivons et l’exode qui nous a divisé doivent être pris en compte. Une victoire médiocre.

Le triomphe des médiocres

L’heure est peut-être arrivée d’accepter que notre crise est plus qu’économique, elle va au-delà de ces politiques, de la convoitise des banquiers ou de la prime de risque.

Assumer que nos problèmes ne seront pas résolus par un parti ou un autre, avec une autre batterie de mesures urgentes ou une grève générale.
Reconnaître que le principal problème de l’Espagne n’est pas la Grèce, l’euro ou madame Merkel.
Admettre, pour tenter de le corriger, que nous sommes devenu un pays médiocre.

Aucun pays n’atteint une telle condition du jour au lendemain. Pas non plus en trois ou quatre ans. C’est le résultat d’une chaîne qui commence à l’école et se termine dans la classe dirigeante. Nous avons crée une culture dans laquelle les médiocres sont les élèves les plus populaires au collège, les premiers à être promus dans une entreprise, ceux qui se font le plus entendre dans les médias de communication, et ceux pour qui nous votons lors d’élections, peu importe ce qu’ils font. Parce qu’ils sont des nôtres. Nous sommes tellement habitués à notre médiocrité que nous finissons par l’accepter comme étant l’état naturel des choses. Leurs talents, presque tous réduits au sport, nous servent pour nier l’évidence.

Médiocre est un pays où ses habitants passent en moyenne 134 minutes par jour devant un téléviseur qui montre principalement de la merde.

Médiocre est un pays qui dans toute l’Histoire de sa démocratie n’a pas donné un seul président qui parle anglais ou qui ait les connaissances minimums sur la politique internationale.

Médiocre est l’unique pays au monde qui, dans son sectarisme rance, a même réussi à diviser les associations de victimes du terrorisme.

Médiocre est une pays qui a réformé son système éducatif treize fois en trois décennies jusqu’à placer ses étudiants en bas de la liste du monde développé.

Médiocre est un pays qui n’a pas une seule université parmi les 150 meilleures du monde et force ses meilleurs chercheurs à s’exiler pour survivre.

Médiocre est un pays avec un quart de sa population au chômage qui toutefois trouve plus de motivations pour s’indigner quand les guignols d’un pays voisin se moquent de ses sportifs.

Est médiocre un pays où la réussite de l’autre provoque le recèle, où la créativité est marginalisée (quand elle n’est pas volée en toute impunité), et où l’indépendance est sanctionnée. Un pays qui a fait de la médiocrité la grande aspiration nationale, poursuivie sans complexes par ces milliers de jeunes qui cherchent à participer au prochain concours Gran Hermano (Secret Story), par des hommes politiques qui s’insultent sans apporter d’idées, par des patrons qui s’entourent de médiocres pour dissimuler leur propre médiocrité et par des étudiants qui ridiculisent le camarade qui s’acharne.

Médiocre est un pays qui a été développé en célébrant le triomphe des médiocres, mettant de côté l’excellence jusqu’à ne lui laisser que deux options : s’en aller ou se laisser submerger par l’imparable marée grise de la médiocrité.

Traduit par : Aïda

Texte publié initialement sur le blog du journaliste espagnol David Jimenez (journaliste et correspondant pour El Mundo).

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